Promouvoir l'investissement durable dans le secteur minier africain

L'exploitation minière artisanale et à petite échelle : des discussions à l'action

25 février 2026 | Actualités du marché | Marcus Courage, responsable du pôle Afrique | Daniel Thole, responsable du pôle Afrique

L'ASM produit aujourd'hui environ 20 % de l'or mondial et une part encore plus importante des pierres précieuses et de certains minéraux essentiels. Ce qui était autrefois considéré comme un secteur périphérique s'est désormais intégré de manière structurelle dans les chaînes d'approvisionnement mondiales. Pourtant, les systèmes de gouvernance, les outils financiers et les modèles d'engagement du secteur n'ont pas suivi le rythme.

L'urgence du moment

Les cours de l'or, qui atteignent des sommets historiques, accentuent la pression. De plus en plus de personnes se tournent vers l'exploitation minière informelle. La production augmente, mais il en va de même pour les dommages environnementaux, les pratiques dangereuses et l'exposition à des intermédiaires criminels ou prédateurs. Dans de nombreux pays, l'exploitation minière artisanale et à petite échelle (ASM) constitue à la fois un moyen de subsistance de dernier recours et le principal employeur en milieu rural. Les tentatives visant à la réguler uniquement par le biais de licences ou de mesures coercitives n'ont pas permis d'assurer la stabilité.

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Les pressions qui s'opposent

Les tensions se font sentir à tous les niveaux du système. Pour les mineurs, les prix élevés sont source de revenus, mais renforcent leur dépendance vis-à-vis des intermédiaires et les obligent à continuer de s'exposer à un environnement de travail dangereux. Pour les communautés voisines, cela peut se traduire par une pollution de l'eau et une dégradation des sols. Pour les grandes sociétés minières, cela implique des incursions et des risques croissants en matière de sécurité. Pour les raffineurs et les acheteurs, cela suscite une surveillance accrue quant à la provenance et au respect des normes. Pour les gouvernements, il s'agit d'un exercice quotidien d'équilibre entre la protection des moyens de subsistance en milieu rural et la maîtrise des dommages environnementaux et des conflits fonciers.

Ces pressions s'opposent désormais. La flambée des prix alimente un afflux vers l'exploitation minière informelle, alors même que les règles ESG, les normes de diligence raisonnable et les attentes des communautés se durcissent. Il en résulte une impasse instable : les mineurs artisanaux sont condamnés à l'illégalité, les entreprises sont confrontées à des risques opérationnels et de réputation croissants, et les gouvernements peinent à réguler un secteur qui a dépassé les systèmes mis en place pour le gérer.

L'ASM est désormais un problème systémique. Il n'est plus possible de le gérer de manière ponctuelle.

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Les efforts de formalisation se sont trop concentrés sur les permis. Les gouvernements ont délivré des licences, souvent en grand nombre, mais sans garantir l'accès au financement, aux données géologiques, aux équipements, aux installations de traitement ou à des débouchés sûrs. Une simple autorisation ne suffit pas à modifier les incitations économiques. Dans de nombreux cas, les exploitants miniers obtiennent des licences mais continuent d'exercer leurs activités de manière informelle, car les contraintes sous-jacentes persistent. La formalisation a été davantage d'ordre juridique qu'économique.
De nombreuses initiatives ont été menées de manière fragmentée. Les projets soutenus par les entreprises ou les programmes d'achat pilotes se sont révélés prometteurs, mais ils restent souvent en marge des chaînes d'approvisionnement principales. Sans intégration dans des systèmes commerciaux vérifiés et des circuits de transformation reconnus, leur impact reste limité à l'échelle locale. Pour passer à une échelle supérieure, il faut une coordination entre les exploitants miniers, les acheteurs, les transformateurs et les autorités de régulation.
Les mesures répressives n'ont cessé de pousser ces activités davantage dans la clandestinité. Dans les contextes où l'État est absent ou suscite la méfiance, les mesures répressives renforcent les réseaux informels au lieu de les démanteler. Les systèmes d'octroi de licences généralisés et la réglementation imposée d'en haut ont souvent échoué à refléter la manière dont l'ASM fonctionne réellement sur le terrain : comme une économie de survie façonnée par les structures de pouvoir locales et les besoins immédiats en liquidités.

Rétablir la confiance

Si l'ASM revêt un caractère local, le déficit de confiance est quant à lui systémique. La confiance entre les mineurs et les autorités. La confiance entre les communautés et les grands exploitants. La confiance entre les producteurs et les acheteurs en aval. Sans un rétablissement de la confiance, la réforme réglementaire ne suffira pas à elle seule. 

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L'appel à l'action

Les ajustements progressifs ne suffisent pas. Une approche systémique – qui réponde aux besoins de toutes les parties prenantes – s’impose :

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Il faut changer de discours. Le fait de considérer l'ASM avant tout comme un problème de conformité ou une menace pour la sécurité a façonné les politiques pendant des décennies, avec un succès limité. Le reconnaître comme une source d'emploi en milieu rural et de richesse en ressources naturelles ouvre la voie à l'investissement, à la dignité et à une intégration structurée.
Il faut considérer le système dans son ensemble. Les défis liés à l'exploitation minière artisanale et à petite échelle (ASM) mettent en évidence des lacunes en matière de financement rural, de connaissances géologiques, d'infrastructures et d'accès aux marchés. Pour y remédier et prendre en compte l'écosystème plus large dans lequel s'inscrit l'ASM, il faut relier ces différents éléments entre eux plutôt que de traiter l'exploitation minière de manière isolée.
Il faut changer les mesures incitatives. La formalisation doit déboucher sur des avantages concrets. Les mineurs certifiés devraient bénéficier d'un accès direct à des tarifs compétitifs, à des services financiers, à une assistance technique et à des installations de traitement régionales permettant d'améliorer les taux de récupération. Sans avantages économiques, la formalisation restera purement symbolique.
La coexistence entre l'exploitation minière artisanale et l'exploitation minière à grande échelle doit être planifiée dès le début. Les sociétés d'exploration, les gouvernements et les autorités locales doivent partager leurs données géologiques et recenser les activités artisanales existantes, communiquer en toute transparence et définir des stratégies structurées avant que les tensions ne s'aggravent. Une transparence précoce permet de réduire les coûts et les risques à long terme.

La situation exige la mise en place d'une coalition multipartite bien ciblée

Les ministères des Mines et des Finances, les banques centrales, les grandes sociétés minières, les raffineries, les acheteurs internationaux, les institutions de financement du développement et les représentants des coopératives d’exploitation minière artisanale et à petite échelle doivent travailler dans un même cadre. L’objectif n’est pas une nouvelle déclaration de haut niveau, mais la création de corridors pilotes où la vérification du statut, le financement, la transformation et l’accès au marché sont harmonisés dès le départ, et où la confiance et la transparence peuvent s’instaurer afin de mettre en place un meilleur système pour toutes les parties prenantes.

L'approche détaillée dans cet appel à l'action s'appuie sur les idées échangées lors de la table ronde « Big ideas for small-scale mining », qui s'est tenue au Cap le 10 février 2026 et a été organisée conjointement par Africa Practice et CoActis.

Parmi les principaux contributeurs à cette discussion, on peut citer :

  • Stewart Bailey, vice-président directeur d'AngloGold Ashanti
  • Gavin Hilson, professeur et titulaire de la chaire de développement durable dans les entreprises à l'université du Surrey
  • Sokwani Chilembo, PDG de la Chambre des mines de Zambie
  • Daouda Diakité, conseiller principal du ministre guinéen des Mines
  • Edward Bickham, conseiller principal auprès du World Gold Council
  • Daniel Thole, conseiller principal, Pôle Afrique 
  • James Gordon, directeur, CoActis

À propos des auteurs

Marcus Courage est le PDG d'Africa Practice, une société basée à Gaborone. Fort de plus de vingt ans d'expérience, il aide les décideurs politiques et les investisseurs à élaborer conjointement des solutions permettant de relever des défis complexes en matière d'affaires et de développement. Vous pouvez le contacter à l'adresse suivante : mcourage@africapractice.com

Daniel Thole est conseiller principal chez Africa Practice, basé au Royaume-Uni. Fort de plus de vingt-cinq ans d'expérience internationale dans les domaines du journalisme et de la communication stratégique, il s'est imposé comme un conseiller de confiance auprès des conseils d'administration et des dirigeants. Vous pouvez le contacter à l'adresse suivante : dthole@africapractice.com

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