Promouvoir l'investissement durable dans le secteur minier africain

Tom Butler s'exprime sur les défis actuels du secteur, les communautés locales et les impacts environnementaux

2 décembre 2019 | Actualités des événements

Tom Butler, PDG de l'ICMM












On observe un intérêt croissant pour les impacts socio-économiques et environnementaux au sein du secteur minier. Butler dresse un aperçu des nouveaux enjeux qui se font jour, expose son point de vue sur l'évolution des relations entre les sociétés minières et les communautés d'accueil, et évoque les changements qu'il souhaiterait voir mis en œuvre dans ce secteur.

Q : Pouvez-vous nous donner un aperçu de la stratégie de l'ICMM ?
Notre vision est la suivante : « L'industrie minière et métallurgique est un secteur respecté, auquel on fait confiance pour agir de manière responsable et contribuer au développement durable ». Et nous savons que pour y parvenir, nous devons collaborer avec d'autres acteurs afin de renforcer notre performance sociale et environnementale et de faire passer le message que l'industrie minière peut et doit contribuer au développement durable des communautés locales et de la société dans son ensemble.
 
Notre stratégie et notre plan d'action triennal (2019-2021) s'articule autour de trois axes prioritaires : 1) inspirer et donner les moyens direction en s'attaquant aux enjeux qui comptent le plus pour la société, tels que la définition d'objectifs de performance clairs et la promotion de partenariats qui favorisent la mise en œuvre du programme de développement durable ; 2) innover pour l'avenir en opérant un changement radical dans la manière dont nous concevons, construisons et exploitons les mines afin de réduire les déchets, de minimiser les émissions de carbone, d'améliorer la sécurité des travailleurs et de contribuer au développement des communautés locales grâce à des partenariats transformateurs ; et 3) renforcer les pratiques opérationnelles dans des domaines tels que la biodiversité, l'approvisionnement responsable, la gestion de l'eau et le bien-être humain.
 
Q : Quels sont les défis auxquels le secteur minier est actuellement confronté ?
 
À l'ICMM, nous suivons les tendances et les enjeux émergents qui préoccupent nos parties prenantes. Nous suivons de nombreux enjeux, mais six domaines ont suscité une inquiétude croissante au cours de l'année écoulée : 1) les préoccupations concernant la sécurité de résidus miniers; 2) la numérisation et ses implications pour le l'avenir du travail, la fidélisation des talents et la préparation à cette transition ; 3) dans le même ordre d'idées, les inquiétudes concernant les perturbations plus générales causées par numérisation et les nouvelles technologies, avec leurs implications en matière d'inégalités ; 4) les préoccupations liées à la gestion des ressources limitées et la nécessité de réduire notre empreinte écologique, notamment, et c'est peut-être le plus important, changement climatique; 5) des attentes accrues envers les entreprises quant au respect des droits de l'homme et à l'utilisation de leur influence pour y répondre, ainsi que des inquiétudes concernant les relations conflictuelles relations avec la communauté, sous l'impulsion de la montée en puissance du discours fondé sur les droits ; et 6) la persistance des revendications en faveur d'une plus grande transparence et responsabilité, allant au-delà du simple paiement des impôts, pour s'étendre aux questions ESG que j'ai évoquées plus haut.
 
Q : Comment pensez-vous que le secteur soit perçu à l'échelle mondiale ? Et pensez-vous qu'il soit possible de remettre en question ces idées reçues ?
 
L'ICMM a été fondé en réponse à une série de crises survenues dans les années 1990, principalement d'ordre environnemental, qui avaient mis en péril la réputation du secteur. À l'époque, nous avons élaboré un ensemble de principes solides, qui ont été renforcés au fil des ans par l'ajout de déclarations de position en réponse à l'évolution des attentes de la société sur des questions spécifiques.
 
Aujourd’hui, alors que la prise de conscience croissante des consommateurs touche de nombreux secteurs, de l’agriculture à la mode, un meilleur accès à l’information permet à ces derniers de se forger une opinion sur les débats, même si ce n’est pas toujours en toute connaissance de cause. Les attentes de la société vont souvent au-delà du prix et de la fiabilité, pour s’étendre à l’approvisionnement et à la production responsables. Le rôle essentiel de l’exploitation minière et des métaux dans la vie moderne est de plus en plus reconnu, ce qui se traduit par une surveillance accrue de l’industrie minière.
 
Nous devons changer le discours sur l'exploitation minière. S'il est indéniable que les métaux et les minéraux revêtent une importance cruciale pour les technologies et les infrastructures nécessaires à la réalisation des Objectifs de développement durable, il est impératif que ces ressources naturelles soient extraites et utilisées de manière responsable. Le secteur a la responsabilité de soutenir le progrès social dans les communautés et les pays d'accueil, ainsi que de protéger l'environnement. Pour ce faire, nous devons être en mesure de démontrer nos performances dans ces domaines.  
 
La dernière évolution de nos critères d'adhésion répond à ce besoin croissant de transparence en définissant des exigences de performance exhaustives dans les domaines environnemental, social et de la gouvernance, qui seront évaluées au niveau de chaque site.
 
Q : L'une des relations les plus délicates au sein du secteur est celle qui lie les sociétés minières aux communautés locales. Que devrait faire le secteur pour y remédier ?
 
En substance, la confiance est un élément essentiel dans les relations entre les sociétés minières et les communautés locales. Les communautés locales doivent avoir confiance dans la capacité de la société minière à gérer l'environnement de manière responsable, à respecter ses engagements sociaux et économiques, et à veiller à ce que la présence de la mine n'ait pas d'impact négatif sur leur sécurité et leur santé. Sans confiance, il est très difficile pour une société minière d'obtenir son acceptabilité sociale – et il est essentiel de faire preuve d'une plus grande transparence et responsabilité, ainsi que de prendre en compte et d'impliquer la communauté à différentes étapes du cycle de vie de la mine.
 
Q : Alors que les communautés souhaitent de plus en plus s'impliquer dans les projets locaux, dans quelle mesure les sociétés minières tiennent-elles compte des intérêts de la communauté locale ? Le secteur pourrait-il faire davantage et améliorer les mesures déjà mises en place ?
 
Le dialogue avec les communautés revêt une importance cruciale pour les sociétés minières, mais peut s’avérer complexe et difficile. La qualité des relations avec les communautés peut faire ou défaire un projet. Obtenir et conserver le soutien des communautés – c’est-à-dire la « licence sociale d’exploitation » d’une entreprise – est un facteur clé de la viabilité de toute activité. Ernst & Young a identifié la licence sociale d’exploitation comme la priorité absolue à l’issue d’entretiens menés auprès de PDG et d’autres dirigeants du secteur sur les dix principaux risques commerciaux auxquels ont été confrontés les secteurs minier et métallurgique au cours des deux dernières années.
 
Souvent, les retombées les plus durables et les plus bénéfiques des programmes de développement communautaire sont celles qui favorisent l'amélioration des compétences ou le renforcement des capacités des populations locales par le biais de la formation, de l'emploi et de l'éducation. Les nouvelles technologies vont profondément transformer les relations entre les travailleurs et les sociétés minières, et nous devons jouer notre rôle pour aider les membres des communautés locales à acquérir les compétences nécessaires pour travailler dans la « mine du futur ».
 
Pour les sociétés minières et les communautés dans lesquelles elles opèrent, ce processus est un parcours et non une destination. Il y aura toujours matière à faire, et les relations avec les communautés exigent une attention constante et un investissement en ressources. Il est néanmoins possible d’identifier certaines bonnes pratiques. L’ICMM a publié une série de recommandations sur le développement communautaire, l’engagement des parties prenantes et le renforcement des relations avec les communautés. Nous continuons par ailleurs à aider nos entreprises membres à renforcer leurs capacités en matière de relations avec les communautés en s’appuyant sur ces recommandations et en tirant parti de l’expérience des uns et des autres.
 
Q : Compte tenu de l'attention croissante portée aux impacts socio-économiques et environnementaux de l'exploitation minière, comment l'ICMM contribue-t-il à améliorer ces performances au sein du secteur ?
 
Outre notre collaboration avec nos membres pour améliorer leurs performances, comme mentionné plus haut, nous nous concentrons sur certains domaines prioritaires où nous espérons, grâce à une collaboration plus étroite, apporter des changements positifs. Citons par exemple nos travaux à court et à long terme sur les résidus miniers, qui visent non seulement à gérer les opérations existantes de manière plus sûre, mais aussi à voir si nous pouvons accélérer les progrès vers l'élimination de l'humidité dans les résidus, et, à terme, à déterminer s'il est possible de supprimer complètement le besoin de résidus. Nous collaborons également avec les fournisseurs d'équipements mobiles pour traiter les questions liées à la sécurité, à la réduction des particules diesel et, à terme, pour trouver des alternatives aux carburants à base d'hydrocarbures.
 
Q : Pour finir, quels changements aimeriez-vous voir dans le secteur minier au cours des 5 à 10 prochaines années ?
 
J'aimerais voir trois choses se concrétiser : (i) une collaboration accrue au sein du secteur afin de maximiser l'impact social positif – par exemple, nous pourrions mieux collaborer en matière de développement des compétences, d'optimisation des achats locaux et de partage des infrastructures ; (ii) une approche de conception plus intégrée et plus large qui tienne compte du contexte économique, social et environnemental existant lors de la construction de nos mines, ce qui implique d’adopter une approche structurée et planifiée de la fermeture et de l’utilisation post-fermeture ; et (iii) et peut-être plus important encore, moins de catastrophes et un bilan de sécurité en constante amélioration, afin que nous puissions revendiquer à juste titre, sans que le moindre doute ne soit émis, notre rôle de gestionnaires responsables qui produisent les matières premières minérales indispensables à la vie moderne.

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