Promouvoir l'investissement durable dans le secteur minier africain

Entretien avec : William Witham

26 avril 2019 | Actualités du marché

William Witham, PDG, Australia-Africa Minerals & Energy Group

Entretien réalisé par :
























 

  
Comment le mandat de l'Australia-Africa Minerals & Energy Group (AAMEG) a-t-il évolué depuis sa création ?
L'AAMEG (alors dénommé AAMIG) a été créé pour promouvoir et aider les entreprises australiennes opérant en Afrique à gérer les risques non techniques. Ces risques non techniques englobent les questions environnementales, sociales, de sécurité et de gouvernance. Nous sommes un groupe de défense dont l'objectif principal est de représenter les entreprises australiennes engagées dans le développement de l'industrie des ressources en Afrique. Historiquement, l'organisation s'est beaucoup concentrée sur les initiatives de RSE, et aujourd'hui, l'AAMEG propose à ses membres une gamme beaucoup plus large d'aide et d'initiatives, notamment des discussions sur les accords juridiques et fiscaux, les lois anti-corruption, des groupes de travail sur la sécurité et d'autres domaines spécifiques où nous constatons que nos membres ont besoin d'une aide immédiate.

L'Afrique évolue rapidement et gagne en complexité. Dans de nombreux pays africains, on observe une forte tendance au populisme, qui se traduit par une nationalisation progressive des industries via l'augmentation progressive des redevances et des taxes, ainsi que par des lois plus strictes en matière de contenu local. Parallèlement, le monde occidental impose davantage de réglementations et renforce les exigences de conformité aux entreprises exerçant des activités à l'étranger. Il y a beaucoup plus de questions de conformité à traiter, et nous aidons nos membres à y faire face. Le rôle de l’AAMEG ne consiste pas seulement à défendre les intérêts de nos membres et à les informer, mais nous menons également un important travail de plaidoyer auprès des ONG ; nous voulons nous assurer que les pays hôtes reçoivent leur juste part des ressources.


On dénombre plus de 200 entreprises australiennes cotées en bourse présentes en Afrique, réparties dans 32 pays. Où l’AAMEG voit-elle le plus d’opportunités pour les entreprises australiennes, tant sur le plan géographique qu’en termes de matières premières ?L’or est probablement la matière première la plus prometteuse à l’heure actuelle. En Afrique, les entreprises ont tendance à privilégier les matières premières qui nécessitent moins d’infrastructures de transport et sont donc plus faciles à exporter. C’est pourquoi les projets liés à l’or, au lithium et au cuivre sont plus attractifs pour les entreprises australiennes que les projets de transport de vrac. Les projets de matières en vrac nécessitent davantage de capitaux pour être mis en place et fonctionner, en termes de besoins en infrastructures. La plupart des entreprises en Afrique sont de petite ou moyenne taille et ciblent des projets dont l'intensité en capital est d'environ 200 millions de dollars américains. Les banques sont disposées à accorder des prêts pour ces projets de taille moyenne, mais elles considèrent que les mines trop petites ne valent pas la peine, tandis que les projets de grande envergure présentent un risque trop élevé.   


Pourriez-vous nous en dire plus sur le travail de plaidoyer que vous menez en Afrique ?
Bien que nous participions à des conférences et à des événements dans toute l'Afrique, notre travail vise davantage des entreprises et des enjeux spécifiques. Par exemple, en 2018, nous nous sommes rendus en Tanzanie, car ce pays envisageait de modifier sa législation minière. En 2019, nous nous concentrons particulièrement sur la détérioration de la situation sécuritaire en Afrique de l'Ouest, et nous organisons donc une conférence sur la sécurité au Ghana en juin 2019. Nous jouons un rôle important dans la coordination des intérêts de nos membres dans la région de l'Afrique de l'Ouest.

Sur le plan géologique, la région de l'Afrique de l'Ouest est très prometteuse, et à ce stade, les risques liés à la sécurité sont jugés gérables. La région recèle un fort potentiel en matière de mines à haute teneur, ce qui la rend très attractive pour les investisseurs. Sur le plan fiscal, elle est également intéressante, car les taux d'imposition y sont assez compétitifs. Les entreprises australiennes sont généralement implantées de longue date en Afrique, et nous constatons qu'un nombre croissant de prestataires de services australiens étendent leur présence dans la région.   


80 % des activités australiennes en Afrique proviennent de Perth. Quelle est l'importance de cette ville dans le contexte de l'écosystème minier mondial ?
Perth est sans aucun doute l'un des principaux centres mondiaux en matière d'entrepreneuriat, de technologie et de financement dans le secteur minier. En ce sens, elle est très similaire à Vancouver et à Johannesburg. Une part importante de la communauté minière et d'exploration de Perth est internationale et a voyagé et vécu dans d'autres pays. En Australie, Perth est sans aucun doute beaucoup plus attractive pour l'exploration africaine en raison de sa proximité géographique, ainsi que du faible décalage horaire. De plus, il est plus facile de s'implanter dans des pays dotés de systèmes juridiques similaires, et la plupart des pays africains ont calqué leur législation minière sur celle de l'Australie, ce qui facilite la création de synergies.


Quels sont les principaux défis auxquels sont confrontées les entreprises australiennes implantées en Afrique ?
Lesprincipaux défis consistent à s'assurer que les risques non techniques sont atténués. Citons notamment la mise en conformité avec une législation internationale occidentale en constante évolution, la montée du populisme qui entraîne une nationalisation progressive des ressources dans les pays d'accueil, la recherche d'une couverture d'assurance adaptée et les préoccupations en matière de sécurité.


Quels sont les principaux objectifs de l'AAMEG pour 2019 et pourriez-vous nous présenter votre vision à long terme ?
L'AAMEG a vu le nombre de ses membres augmenter rapidement. Notre objectif est désormais de mieux servir nos membres grâce à un plaidoyer plus efficace. Notre vision à long terme est de parvenir à un secteur des ressources australiano-africain florissant. Nous souhaitons que les entreprises, les institutions, les fonds et les investisseurs considèrent nos analyses comme un outil leur permettant d’améliorer leurs décisions commerciales, de renforcer leur résilience et de garantir le rendement de leurs investissements, dans l’intérêt de nos membres et de nos hôtes africains.

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