Promouvoir l'investissement durable dans le secteur minier africain

Moteur de la révolution industrielle en Afrique : aligner l'exploitation minière et la construction automobile

16 janvier 2026 | Actualités du marché | Victoria Backhaus-Jerling, PDG de l'Association africaine des constructeurs automobiles (AAAM)

Alors que le monde s'oriente de plus en plus vers la durabilité et la mobilité verte, l'Afrique a l'opportunité de réécrire ce scénario en alignant ses secteurs minier et manufacturier afin d'ouvrir une nouvelle ère de croissance partagée, d'innovation et de résilience.

L'Afrique se trouve à un moment décisif de son évolution industrielle. Pendant trop longtemps, le continent a exporté des minerais bruts et importé des produits finis, renonçant ainsi à l'immense valeur que représente la transformation locale de ses ressources. Aujourd'hui, alors que le monde s'oriente de plus en plus vers la durabilité et la mobilité verte, l'Afrique a l'occasion de réécrire cette histoire en alignant ses secteurs minier et manufacturier afin d'ouvrir une nouvelle ère de croissance partagée, d'innovation et de résilience.

Construire la chaîne de valeur africaine

Les riches ressources minérales du continent – notamment le lithium, le cobalt, le manganèse, le nickel et le cuivre – constituent la colonne vertébrale de la transition mondiale vers les énergies nouvelles et la mobilité durable. Cependant, sans liens solides avec le secteur manufacturier, l'Afrique risque de rester un simple fournisseur de matières premières plutôt qu'un créateur de valeur industrielle et sociale. En favorisant la collaboration entre les secteurs minier et automobile, l'Afrique peut mettre en place des chaînes de valeur intégrées qui créent des emplois, permettent le transfert de technologies et stimulent une industrialisation inclusive dans de multiples formes de mobilité, des véhicules électriques à batterie aux véhicules hybrides et à pile à combustible à hydrogène.

Cette vision n'est pas théorique. Des pays comme l'Afrique du Sud, le Maroc et l'Égypte ont déjà mis en place des secteurs automobiles, tandis que d'autres États africains clés comme l'Égypte, le Ghana, la Côte d'Ivoire, le Kenya et le Nigeria ont avancé dans leurs discussions sur la politique automobile. Lorsqu'on y ajoute des économies riches en minerais comme la République démocratique du Congo, la Zambie et les régions relevant de l'Union douanière d'Afrique australe (SACU), on voit émerger un puissant écosystème continental, capable de produire tout ce qu'il faut, des précurseurs de batteries aux véhicules électriques finis.

Durabilité et innovation

La course mondiale vers la neutralité carbone exige que la croissance industrielle de l'Afrique soit à la fois verte et inclusive. Les véhicules à énergie nouvelle (NEV), les énergies renouvelables et les processus de fabrication circulaires redéfinissent ce que signifie une industrie durable. L'accès de l'Afrique à des sources d'énergie renouvelables telles que l'énergie solaire, éolienne et hydraulique lui confère un avantage naturel pour la création de zones industrielles à faibles émissions. En investissant dans les technologies vertes et l'innovation locale, nous pouvons créer des industries qui répondent aux normes mondiales tout en tenant compte des réalités locales. Cela passe notamment par le soutien aux start-ups, les partenariats de recherche et les programmes de développement des compétences qui permettent aux ingénieurs, scientifiques, décideurs politiques et entrepreneurs africains de jouer un rôle de premier plan dans les technologies du futur.

L'avantage concurrentiel de l'Afrique

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) offre une formidable opportunité de concrétiser ces ambitions. En harmonisant les normes, en réduisant les droits de douane et en facilitant le commerce transfrontalier, la ZLECA peut permettre la mise en place de chaînes de valeur régionales qui feront de l'Afrique un pôle industriel compétitif à l'échelle mondiale. Imaginez un écosystème manufacturier régional où le lithium extrait au Zimbabwe alimente la production de cellules de batterie au Kenya, et où les tiges de cuivre de qualité automobile provenant des raffineries de Zambie sont transformées en bobinages de moteurs, faisceaux de câbles et composants d'infrastructures de recharge à travers le continent. 

L'acier et l'aluminium transformés en Afrique du Sud alimentent la fabrication de composants et de pièces de carrosserie au Ghana et au Maroc, tandis que les systèmes électroniques et de contrôle sont assemblés dans des pôles industriels régionaux. Ensemble, ces chaînes de valeur interconnectées constituent le fondement des futures industries de la mobilité en Afrique, qui ne se limitent pas à l'assemblage de véhicules, mais englobent la construction de l'ensemble de la base d'approvisionnement qui les sous-tend. Il s'agit là de bien plus qu'une vision économique : c'est un plan d'action pour l'autosuffisance industrielle, la capacité technologique et la résilience continentale.

Leadership et autonomisation

Une telle transformation nécessite des partenariats visionnaires entre les gouvernements, le secteur privé et les institutions de développement. L'harmonisation des politiques, les investissements dans les infrastructures et le renforcement des capacités sont essentiels. Tout aussi important est l'autonomisation des talents locaux, afin de garantir que les jeunes et les femmes africains ne soient pas seulement des participants, mais aussi des leaders de cette révolution industrielle.

La route à venir

L'Afrique doit agir de toute urgence. Donner la priorité aux investissements dans l'exploitation minière durable, la fabrication de véhicules et de composants, ainsi que le développement des compétences définira notre rôle dans la chaîne de valeur mondiale de la mobilité et des ressources. La collaboration au-delà des frontières, des secteurs et des industries est notre plus grand atout. En alignant l'exploitation minière et la fabrication automobile, l'Afrique peut transformer ses richesses naturelles en une prospérité durable. La révolution mondiale de la mobilité a besoin de l'Afrique, mais la question est de savoir si nous saisirons cette occasion pour la mener.

Cet article a été publié pour la première fois dans le numéro 3 de Digital Mining Pulse, en décembre 2025.

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