La transition mondiale vers les énergies propres et la mobilité électrique a accru la demande en matières premières essentielles, faisant de l'Afrique un acteur clé grâce à ses riches gisements de lithium, de cuivre, de cobalt, de graphite et d'éléments de terres rares, entre autres.
AUTEUR: Dr Theo Acheampong
Responsable Recherche et marchés, CMAG
De plus, les acheteurs en aval de ces produits minéraux sont soumis à une pression croissante pour respecter des normes plus strictes en matière d'approvisionnement ainsi que des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) : garantir le respect des droits de l'homme et l'implication des communautés locales, mettre en place une gouvernance transparente et éthique, et recourir à la technologie pour assurer la traçabilité, entre autres. Cette évolution est motivée par l'intérêt des investisseurs, la demande mondiale de minéraux issus de sources responsables, ainsi que par des initiatives multilatérales et bilatérales, telles que le Partenariat pour la sécurité minérale (MSP) et les partenariats stratégiques de l'UE sur les matières premières.
Selon certaines informations, des produits issus de l'exploitation artisanale, comme le coltan, provenant de zones de conflit, entreraient dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, ce qui constitue une grave menace pour l'intégrité et la crédibilité de la traçabilité des minerais. On s'inquiète notamment de la contrebande persistante de minerais (coltan, étain, tantale et tungstène) provenant de l'est de la République démocratique du Congo, région riche en minerais mais en proie à des conflits, vers les pays voisins ; ces minerais sont ensuite mélangés à la production locale avant d'intégrer les chaînes d'approvisionnement en aval.
On observe néanmoins de plus en plus d'exemples concrets où des acheteurs et des producteurs en aval nouent des partenariats qui ont permis de créer de la valeur partagée et d'améliorer l'intégrité et la crédibilité de la traçabilité des minerais en Afrique, en particulier dans le secteur minier à grande échelle. Les constructeurs automobiles, les fabricants de batteries et les équipementiers de câbles et de turbines signent des contrats d'achat pluriannuels assortis de clauses liées aux critères ESG, qui prévoient notamment des étapes clés en matière de traçabilité, d'engagement communautaire et de décarbonisation.
En 2022, le constructeur automobile mondial, le Groupe Renault, a signé un accord de sept ans avec la société marocaine Managem pour s'approvisionner en 5 000 tonnes par an de sulfate de cobalt à faible empreinte carbone, avec une traçabilité totale. La politique de l'entreprise impose aux fournisseurs l'obligation de vérifier et d'informer le Groupe Renault si les minerais présents dans les matériaux ou les pièces sont des minerais provenant de zones de conflit ou à haut risque, tels que le tungstène, le tantale et l'étain.
De même, l'accord d'achat conclu par Tesla avec la société minière australienne Syrah Resources Ltd (soutenue par l'International Development Finance Corporation des États-Unis) concernant la production de la mine de Balama au Mozambique est assorti d'exigences ESG strictes. La mine de Balama fait actuellement l'objet d'une évaluation indépendante au regard de la norme IRMA pour une exploitation minière responsable, l'une des normes minières les plus complètes et les plus rigoureuses. De même, la mine de Tenke Fungurume, située dans la province de Lualaba en RDC, détenue à 80 % par la société chinoise CMOC Group Limited et à 20 % par la société congolais Gecamines, fait également l'objet d'une évaluation IRMA.
CATL, le leader chinois du secteur des batteries, a pris une participation aux côtés de CMOC dans d'autres projets en RDC, tels que le projet de cuivre et de cobalt de Kisanfu, ce qui lui permet d'accéder à un approvisionnement garanti et conforme aux spécifications tout en apportant des capitaux destinés à réduire les risques liés aux projets miniers africains.
Ces initiatives ne se limitent pas au secteur minier à grande échelle. Des initiatives intersectorielles telles que « Cobalt for Development » – soutenues par des multinationales comme BMW, BASF et Samsung SDI, et mises en œuvre par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) en collaboration avec des organisations non gouvernementales – forment les mineurs artisanaux de Kolwezi, en RDC, aux pratiques de sécurité et de protection de l’environnement. Environ 12 coopératives minières artisanales, regroupant plus de 1 500 mineurs, bénéficient actuellement de cette formation. Ces mesures reflètent une approche pragmatique de la part des acheteurs : il s'agit de formaliser l'exploitation minière artisanale et à petite échelle afin d'améliorer les normes et de garantir un approvisionnement conforme, plutôt que de décourager l'exploitation minière artisanale et à petite échelle.
D'autre part, le recours à des technologies permettant une traçabilité complète et un contrôle vérifiable de la chaîne de traçabilité, telles que l'Internet des objets (IoT), la blockchain et les bilans massiques avancés, deviendra monnaie courante dans le cadre des évaluations. Enfin, si l'ASM (extraction artisanale et à petite échelle) restera importante dans certains secteurs miniers, le recours à des techniques de formalisation, telles que la création de coopératives, peut contribuer à améliorer les protocoles de sécurité, à prévenir le travail des enfants, à garantir des prix équitables et à mettre en place des réseaux d'achat transparents.
Responsable Recherche et marchés, CMAG
Tendances de la demande sur le marché dans les principaux secteurs mondiaux
Pourtant, la manière dont les pays africains exploitent ces ressources est façonnée par un ensemble complexe de dynamiques régionales à la fois concurrentielles et coopératives, ainsi que par les besoins des acheteurs en aval. D'une part, de nombreux pays, y compris en Afrique, mènent des stratégies nationalistes visant à capter davantage de valeur sur leur marché intérieur en limitant les exportations de matières premières et en exigeant une transformation locale. D'autre part, on observe une tendance croissante chez les pays et les blocs régionaux à explorer les coentreprises, le partage des infrastructures et les chaînes de valeur intégrées.De plus, les acheteurs en aval de ces produits minéraux sont soumis à une pression croissante pour respecter des normes plus strictes en matière d'approvisionnement ainsi que des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) : garantir le respect des droits de l'homme et l'implication des communautés locales, mettre en place une gouvernance transparente et éthique, et recourir à la technologie pour assurer la traçabilité, entre autres. Cette évolution est motivée par l'intérêt des investisseurs, la demande mondiale de minéraux issus de sources responsables, ainsi que par des initiatives multilatérales et bilatérales, telles que le Partenariat pour la sécurité minérale (MSP) et les partenariats stratégiques de l'UE sur les matières premières.
La suite de cet article examine l'évolution du rôle des acheteurs en aval dans la mise en place de chaînes d'approvisionnement minières africaines responsables et durables. Elle s'intéresse particulièrement à la manière dont le comportement des acheteurs en aval, leurs normes d'approvisionnement et leurs engagements ESG favorisent le changement dans les flux de production, de commerce et d'investissement, ainsi qu'aux implications pour l'attraction d'investissements dans des chaînes d'approvisionnement responsables sur le continent.
Les attentes des acheteurs en aval en matière d'ESG, de traçabilité et de création de valeur locale
Plusieurs cadres et normes – tels que les Lignes directrices de l'OCDE sur le devoir de diligence, la norme de l'IRMA relative à la chaîne de contrôle et la norme sectorielle de la GRI pour l'exploitation minière – fournissent des orientations aux entreprises pour leur permettre de mettre en place des chaînes d'approvisionnement durables, de se conformer aux exigences réglementaires et de renforcer leur réputation. Cependant, le respect de ces normes peut s'avérer difficile, en particulier dans un contexte de chaîne d'approvisionnement mondiale de plus en plus complexe, où l'approvisionnement en produits minéraux par les acheteurs en aval s'étend sur plusieurs juridictions.Selon certaines informations, des produits issus de l'exploitation artisanale, comme le coltan, provenant de zones de conflit, entreraient dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, ce qui constitue une grave menace pour l'intégrité et la crédibilité de la traçabilité des minerais. On s'inquiète notamment de la contrebande persistante de minerais (coltan, étain, tantale et tungstène) provenant de l'est de la République démocratique du Congo, région riche en minerais mais en proie à des conflits, vers les pays voisins ; ces minerais sont ensuite mélangés à la production locale avant d'intégrer les chaînes d'approvisionnement en aval.
On observe néanmoins de plus en plus d'exemples concrets où des acheteurs et des producteurs en aval nouent des partenariats qui ont permis de créer de la valeur partagée et d'améliorer l'intégrité et la crédibilité de la traçabilité des minerais en Afrique, en particulier dans le secteur minier à grande échelle. Les constructeurs automobiles, les fabricants de batteries et les équipementiers de câbles et de turbines signent des contrats d'achat pluriannuels assortis de clauses liées aux critères ESG, qui prévoient notamment des étapes clés en matière de traçabilité, d'engagement communautaire et de décarbonisation.
En 2022, le constructeur automobile mondial, le Groupe Renault, a signé un accord de sept ans avec la société marocaine Managem pour s'approvisionner en 5 000 tonnes par an de sulfate de cobalt à faible empreinte carbone, avec une traçabilité totale. La politique de l'entreprise impose aux fournisseurs l'obligation de vérifier et d'informer le Groupe Renault si les minerais présents dans les matériaux ou les pièces sont des minerais provenant de zones de conflit ou à haut risque, tels que le tungstène, le tantale et l'étain.
De même, l'accord d'achat conclu par Tesla avec la société minière australienne Syrah Resources Ltd (soutenue par l'International Development Finance Corporation des États-Unis) concernant la production de la mine de Balama au Mozambique est assorti d'exigences ESG strictes. La mine de Balama fait actuellement l'objet d'une évaluation indépendante au regard de la norme IRMA pour une exploitation minière responsable, l'une des normes minières les plus complètes et les plus rigoureuses. De même, la mine de Tenke Fungurume, située dans la province de Lualaba en RDC, détenue à 80 % par la société chinoise CMOC Group Limited et à 20 % par la société congolais Gecamines, fait également l'objet d'une évaluation IRMA.
CATL, le leader chinois du secteur des batteries, a pris une participation aux côtés de CMOC dans d'autres projets en RDC, tels que le projet de cuivre et de cobalt de Kisanfu, ce qui lui permet d'accéder à un approvisionnement garanti et conforme aux spécifications tout en apportant des capitaux destinés à réduire les risques liés aux projets miniers africains.
Ces initiatives ne se limitent pas au secteur minier à grande échelle. Des initiatives intersectorielles telles que « Cobalt for Development » – soutenues par des multinationales comme BMW, BASF et Samsung SDI, et mises en œuvre par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) en collaboration avec des organisations non gouvernementales – forment les mineurs artisanaux de Kolwezi, en RDC, aux pratiques de sécurité et de protection de l’environnement. Environ 12 coopératives minières artisanales, regroupant plus de 1 500 mineurs, bénéficient actuellement de cette formation. Ces mesures reflètent une approche pragmatique de la part des acheteurs : il s'agit de formaliser l'exploitation minière artisanale et à petite échelle afin d'améliorer les normes et de garantir un approvisionnement conforme, plutôt que de décourager l'exploitation minière artisanale et à petite échelle.
Renforcer notre pouvoir de négociation auprès des acheteurs mondiaux en aval grâce à la collaboration et à l'innovation
À terme, les acheteurs en aval continueront de subir une pression croissante pour garantir une conformité vérifiable aux normes ESG et autres. Les actifs miniers et les produits qui répondent à des critères rigoureux en matière d'intégrité et de traçabilité des minerais ont de fortes chances d'obtenir de meilleures conditions contractuelles. Les acheteurs en aval rechercheront de plus en plus des approvisionnements en minerais africains répondant aux exigences suivantes : tout d'abord, une diligence raisonnable et une assurance ESG rigoureuses – les acheteurs veulent une conformité vérifiable en matière de droits du travail, d'impacts sur les communautés, de réinstallation et de gestion de l'eau, entre autres enjeux clés. L'alignement sur les normes internationales sera essentiel pour démontrer cette conformité.D'autre part, le recours à des technologies permettant une traçabilité complète et un contrôle vérifiable de la chaîne de traçabilité, telles que l'Internet des objets (IoT), la blockchain et les bilans massiques avancés, deviendra monnaie courante dans le cadre des évaluations. Enfin, si l'ASM (extraction artisanale et à petite échelle) restera importante dans certains secteurs miniers, le recours à des techniques de formalisation, telles que la création de coopératives, peut contribuer à améliorer les protocoles de sécurité, à prévenir le travail des enfants, à garantir des prix équitables et à mettre en place des réseaux d'achat transparents.








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