Promouvoir l'investissement durable dans le secteur minier africain

L'Afrique doit collaborer pour harmoniser ses politiques et renforcer la confiance des investisseurs dans le secteur minier

19 novembre 2025 | Actualités du marché

Pour que les pays africains puissent élaborer une telle politique, l'action collective et la collaboration sont essentielles.

Dans un secteur minier en pleine mutation, attirer les investisseurs internationaux nécessite une politique cohérente et sans heurts. Pour que les pays africains puissent élaborer une telle politique, l'action collective et la collaboration sont essentielles. L'Afrique et ses dirigeants doivent s'unir pour définir une vision commune, écrivent Zeinab El-Sayed et Laura Nicholson

La reprise soutenue du secteur minier mondial — portée par les métaux liés à la transition énergétique tels que le cuivre, le cobalt, les métaux du groupe du platine et l'or — a remis l'Afrique dans le collimateur des investisseurs. Toutefois, pour que cet intérêt se traduise par une prospérité pour les populations africaines, le continent doit présenter un front uni au reste du monde. 

Les investisseurs apprécient la sécurité. Ils recherchent des environnements de marché cohérents, faciles à comprendre et à appréhender, dotés de politiques et de réglementations simplifiées. Pour y parvenir, il est plus crucial que jamais que les régions riches en ressources minérales fonctionnent comme des économies intégrées, dotées de politiques et de cadres réglementaires complémentaires. 

Selon un rapport de l'Agence internationale de l'énergie publié en 2024, les dépenses dans les chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques sont en hausse, avec une croissance à deux chiffres dans les secteurs de l'exploitation minière et de l'exploration. Les bénéfices de l'expansion du marché sont répartis entre différentes régions, l'Afrique devant connaître une augmentation de 65 % de la valeur du marché d'ici 2030. Entre 2017 et 2022, les marchés mondiaux ont vu la demande de lithium tripler, tandis que la demande de cobalt a augmenté de 70 % et celle de nickel de 40 %. Tous ces minéraux sont présents dans plusieurs pays africains. 

En ce qui concerne l'or – une ressource dont l'Afrique est riche –, ce métal précieux est bien plus qu'une simple réserve de valeur. Il joue également un rôle dans la transition vers les énergies vertes, ainsi que dans l'essor technologique. Un rapport récent du World Gold Council a révélé que la demande d'or avait bondi de 146 milliards de dollars au troisième trimestre 2025, ce qui représente la plus forte hausse jamais enregistrée. 

Cela pourrait être l'occasion pour l'Afrique de transformer ses ressources minérales en emplois, en infrastructures et en capacités industrielles dont elle a tant besoin. Toutefois, pour y parvenir, il faudra mettre en place un ensemble de protocoles uniformes et cohérents qui serviront de base aux politiques menées dans toute la région. Face à la concurrence des grandes nations souveraines, l'intégration régionale est essentielle.

De nombreux efforts ont été déployés dans ce sens, notamment au début des années 2000 avec le Partenariat minier africain et le Cadre de la SADC. Ces initiatives ont contribué à façonner la « Vision minière pour l’Afrique » de l’Union africaine, qui vise « une exploitation transparente, équitable et optimale des ressources minérales afin de soutenir une croissance durable et un développement socio-économique à large assise ». 

Combler le déficit de confiance

La dynamique s'accélère, mais en raison d'une mise en œuvre inégale, les investisseurs doivent encore composer avec des règles, des calendriers et des attentes divergents. Cela confirme qu'il reste encore beaucoup à faire pour tirer parti de cette opportunité en termes de demande. Le continent africain doit répondre à un appel lancé de longue date en faveur de l'harmonisation des politiques afin de renforcer la confiance et d'attirer des capitaux à long terme.

Le déficit de confiance envers les politiques est bien réel et largement documenté. Dans l’enquête annuelle menée l’année dernière par l’Institut Fraser auprès des sociétés minières, sept des dix juridictions classées en bas du tableau de l’indice de perception des politiques de l’institut étaient des pays africains. Le pays africain le mieux classé était le Botswana, qui occupait la 14e place sur 82 territoires. 

Parmi les préoccupations des investisseurs figurent les délais d'obtention des permis, les normes de divulgation et la logistique transfrontalière. La grande question est la suivante : alors que le cycle de la demande bat son plein, l'Afrique sera-t-elle capable d'apaiser ces inquiétudes grâce à une politique claire et cohérente, et de traduire sa vision en pratiques concrètes et attractives pour les investisseurs ? 

Une préoccupation majeure qui freine souvent les progrès est l'idée selon laquelle l'harmonisation entraînerait une perte de souveraineté. En réalité, l'harmonisation permet d'aligner les règles, créant ainsi de la valeur tout en laissant chaque pays garder le contrôle total de ses ressources, de ses choix budgétaires et de ses priorités en matière de développement.

« La coopération régionale ne consiste pas à renoncer à sa souveraineté ; il s’agit plutôt de créer un environnement propice aux investissements, capable de mobiliser des milliards de capitaux et de créer des milliers d’emplois locaux », déclare Zeinab El-Sayed, responsable des partenariats gouvernementaux chez Mining Indaba. « Le MI26 permettra de faire passer ce programme de la théorie à la pratique. »

Un engagement sincère

Pour instaurer cette harmonie, il faut un dialogue franc et régulier. Le Sommet intergouvernemental (IGS) et le Symposium ministériel organisés dans le cadre de l’Investing In African Mining Indaba ont constitué une plateforme essentielle pour l’harmonisation des politiques minières africaines et le renforcement des partenariats.

Le symposium de cette année a réuni 22 ministres chargés des mines, 32 pays riches en ressources minérales et 25 PDG de sociétés minières internationales et africaines. Tous étaient présents pour discuter des stratégies visant à faire de l'Afrique une puissance minière mondiale.

L'IGS et le Symposium ministériel se sont forgé une réputation de passeurs de paroles en actes concrets. En 2025, des accords concrets ont été conclus pour simplifier les procédures d'autorisation et accélérer le développement de la chaîne de valeur. Des engagements ont également été pris pour réorienter le modèle minier africain vers la transformation locale, afin de créer des emplois et de nouvelles opportunités industrielles. 

Opportunités liées au libre-échange

Ces plateformes offrent également aux décideurs politiques un espace pour identifier les opportunités concrètes offertes par l'Accord de libre-échange continental africain et la manière dont celles-ci peuvent se concrétiser à travers des partenariats régionaux de valorisation des ressources. C'est en allant au-delà des relations traditionnelles d'extraction que le continent pourra véritablement se renforcer collectivement.   

« Notre force réside dans la mise en place de partenariats qui reconnaissent la valeur mutuelle de l'investissement. Le progrès n'a de sens que s'il profite à toutes les parties prenantes. » — M. Gwede Mantashe, ministre des Ressources minérales et de l'Énergie, République d'Afrique du Sud

Ce boom minier s'essoufflera certainement avec le temps, mais la confiance ne cesse de croître. Un nouveau cycle pourrait voir le jour, porté par la demande en nouveaux minerais. Il en résultera inévitablement des opportunités de développement pour ces minerais sur le continent africain.

Les opportunités se présenteront lorsque les investisseurs considéreront que le cadre politique africain est facile à appréhender. Pour instaurer cette confiance, les dirigeants africains doivent saisir les occasions de collaborer à l'élaboration des politiques – et montrer qu'ils collaborent.

Agir dès maintenant pour harmoniser les politiques peut transformer une opportunité conjoncturelle en une capacité industrielle durable, en consolidant les investissements, en créant des emplois qualifiés et en positionnant l'Afrique comme un partenaire incontournable de la transition énergétique mondiale. Cet appel est lancé depuis un certain temps déjà. Il est temps d'y répondre.

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