Promouvoir l'investissement durable dans le secteur minier africain

Comment les données historiques, l'intelligence artificielle et les partenariats peuvent-ils ouvrir la voie à la prochaine frontière minière en Afrique ?

22 juin 2026 | Actualités du marché

Kinshasa s'efforce de récupérer l'accès à des millions de données géologiques datant de l'époque coloniale, alors que la concurrence mondiale pour les minerais stratégiques s'intensifie.

« Nous ne sommes pas seulement une source de minéraux essentiels ; nous sommes un partenaire dans la mise en place de chaînes d'approvisionnement mondiales résilientes et transparentes. » – Louis Watum Kabamba, ministre des Mines de la République démocratique du Congo

« Les prochaines grandes découvertes minières ne viendront pas d’une exploration plus étendue du terrain, mais de notre capacité à mieux exploiter les données dont nous disposons déjà. » – Déclaration de la direction de KoBold Metals concernant sa stratégie d'exploration fondée sur les données

« L'exploitation des bases de données géoscientifiques existantes constitue l'un des moyens les plus efficaces d'accélérer les découvertes dans les régions matures et peu explorées. » – Le leadership de BHP en matière d'exploration, en s'appuyant sur des partenariats mondiaux en matière de données et sur des stratégies de ciblage basées sur l'intelligence artificielle

« Notre priorité est de veiller à ce que la numérisation des archives géologiques historiques profite aux institutions congolaises, tout en préservant l'intégrité scientifique et une collaboration ouverte. » – Porte-parole du gouvernement belge au sujet du programme de numérisation du Musée royal de l'Afrique centrale

La République démocratique du Congo (RDC) prend des mesures décisives pour reprendre le contrôle de l’un de ses atouts minéraux les plus précieux, mais aussi les moins évoqués : son histoire géologique. Le ministre congolais des Mines, Louis Watum Kabamba, a récemment rencontré des responsables belges et de l’Union européenne afin de faire avancer les projets de numérisation de millions de documents géologiques conservés au Musée royal de l’Afrique centrale, en Belgique. 

Ces archives, constituées sous l'administration coloniale belge au Congo, regroupent plusieurs décennies d'études géologiques, de rapports d'exploration, de cartes et d'évaluations minières qui pourraient s'avérer déterminantes pour identifier la prochaine génération de gisements de minéraux stratégiques du pays.

Cette initiative intervient alors que les gouvernements et les sociétés minières du monde entier redoublent d’efforts pour garantir l’approvisionnement en cuivre, cobalt, lithium, terres rares et autres minéraux essentiels à la transition énergétique mondiale. Pour la RDC, qui produit déjà plus de 70 % du cobalt mondial et figure parmi les principaux producteurs mondiaux de cuivre, l’accès à ces données historiques pourrait constituer un avantage concurrentiel majeur.

« La RDC souhaite passer à la phase de mise en œuvre, car il est nécessaire d’accélérer la découverte de nouveaux gisements minéraux », a déclaré un porte-parole du ministère congolais des Mines. « Une très grande partie du territoire de la RDC n’a pas encore été explorée. »

Un héritage colonial revient sur le devant de la scène

Les vestiges géologiques au cœur des débats constituent un témoignage concret de l'histoire coloniale de la RDC.

Entre 1885 et 1960, la Belgique a exercé son autorité sur ce qui était alors le Congo belge, supervisant de vastes programmes de cartographie géologique et d'exploration minière. Une grande partie des informations recueillies au cours de cette période est restée en Belgique après l'indépendance du Congo.

Pendant des décennies, ces données ont été largement ignorées en dehors des cercles géologiques spécialisés. Aujourd'hui, cependant, elles prennent de plus en plus de valeur, les progrès technologiques permettant aux explorateurs de tirer de nouvelles conclusions à partir d'informations historiques.

Cette question a pris une importance accrue dans le cadre des débats plus larges sur la restitution, le patrimoine et la souveraineté entre la Belgique et son ancienne colonie. Lors des réunions de Bruxelles, les responsables ont convenu d’établir une feuille de route commune pour le programme de numérisation et de créer un groupe de travail dédié chargé de superviser sa mise en œuvre.

Selon le gouvernement congolais, cette initiative constitue une avancée importante vers le renforcement de la « souveraineté géoscientifique » du pays, tout en améliorant la compétitivité et l'attractivité de son secteur minier.

La polémique autour de KoBold Metals

La campagne en faveur de la numérisation des archives a également attiré l'attention internationale en raison d'un litige impliquant la société d'exploration américaine KoBold Metals. Soutenue par des investisseurs tels que Bill Gates, Jeff Bezos et Michael Bloomberg, KoBold s'est imposée comme l'une des sociétés d'exploration minière les plus en vue au monde, axée sur la technologie. L'entreprise utilise l'intelligence artificielle et des techniques avancées d'analyse de données pour identifier des gisements minéraux jusqu'alors négligés.

L'année dernière, KoBold a signé un accord avec le gouvernement congolais en vue de numériser les archives géologiques. Cependant, l'entreprise n'a toujours pas obtenu l'accès à ces documents. Les autorités belges ont toujours soutenu qu'un accès exclusif à des millions de documents ne pouvait être accordé à une entreprise privée étrangère. Le Musée royal de l'Afrique centrale a donc l'intention de superviser lui-même le processus de numérisation, tout en fournissant des copies numériques aux autorités congolaises.

Ce désaccord met en évidence un défi de plus en plus important auquel sont confrontés les gouvernements du monde entier : comment trouver un équilibre entre les investissements étrangers et l'expertise technologique, d'une part, et la maîtrise nationale des informations géologiques stratégiques, d'autre part.

Pourquoi les données historiques sont plus importantes que jamais

La valeur des données géologiques historiques a considérablement augmenté ces dernières années. Alors que les méthodes d'exploration traditionnelles reposaient souvent sur des travaux de terrain et des campagnes de forage coûteux, les progrès de l'intelligence artificielle permettent désormais aux géologues de tirer des enseignements de jeux de données datant de plusieurs décennies, qu'il était auparavant impossible d'analyser de manière exhaustive.

Les cartes historiques, les études géochimiques, les rapports de forage et les rapports de terrain peuvent désormais être combinés avec l'imagerie satellite, la géophysique et des algorithmes d'apprentissage automatique afin d'identifier des cibles minières jusque-là méconnues. De ce fait, les archives, autrefois considérées comme de simples documents scientifiques, sont de plus en plus reconnues comme des atouts stratégiques nationaux. 

Le potentiel géologique de la RDC reste considérable.

Bien que la « Copperbelt » centrafricaine recèle certains des gisements de cuivre et de cobalt les plus riches au monde, de vastes portions du pays restent peu explorées en raison des conflits historiques, des infrastructures limitées et de l'étendue considérable de son territoire. L'accès à des archives numérisées pourrait réduire considérablement les risques liés à l'exploration et raccourcir les délais de découverte pour les futurs projets.

Le rôle croissant de l'IA dans la prospection minière

Les efforts de la RDC s'inscrivent dans un contexte de transformation technologique rapide au sein du secteur minier.

L'intelligence artificielle est devenue l'un des outils d'exploration les plus importants du secteur, les grandes sociétés minières, les gouvernements et les entreprises technologiques investissant massivement dans la prospection fondée sur les données.

La semaine dernière, le groupe minier français Eramet a annoncé un partenariat avec la société technologique parisienne Lithosquare et le Service géologique national français afin de combiner des ensembles de données géologiques et des capacités d'intelligence artificielle pour identifier de nouvelles opportunités minières, en se concentrant dans un premier temps sur l'Afrique. De même, le géant minier BHP a intensifié ses efforts pour tirer parti des informations géologiques historiques.

Au début de cette année, BHP a conclu un partenariat avec le Conseil sud-africain des géosciences dans le but de contribuer à « exploiter les bases de données existantes » et d’améliorer les résultats de l’exploration grâce à des analyses avancées. L’entreprise a également sélectionné deux sociétés d’exploration spécialisées dans l’intelligence artificielle pour son programme d’accélération Xplor.

La société australienne RadiXplore est spécialisée dans l'analyse des données historiques d'exploration à l'aide de l'intelligence artificielle, tandis que la société canadienne Mineural utilise des techniques d'apprentissage automatique pour identifier et hiérarchiser plus efficacement les cibles minières.

Ces initiatives montrent comment les partenariats entre les pouvoirs publics, les instituts géologiques, les sociétés minières et les entreprises technologiques sont en train de transformer l'exploration minière à l'échelle mondiale.

Des partenariats qui stimulent la prochaine vague d'exploration en Afrique

L'initiative de la RDC en matière de données géologiques s'inscrit également dans une tendance plus large qui se dessine dans l'ensemble du secteur minier africain. Alors que les pays cherchent à tirer le meilleur parti de leurs ressources minérales, les partenariats constituent de plus en plus le fondement du développement futur.

La collaboration qui se met actuellement en place entre le gouvernement congolais, les institutions belges et l'Union européenne montre comment la coopération internationale peut contribuer à faire la lumière sur le passé tout en soutenant les objectifs de développement nationaux.

Selon les autorités belges, le projet de numérisation est déjà en cours grâce au soutien des mécanismes de financement de l'UE. « Les priorités sont définies au sein du Musée royal de l'Afrique centrale, en collaboration avec des partenaires congolais. Les copies numériques sont progressivement transmises aux autorités congolaises compétentes », a déclaré un porte-parole du gouvernement belge.

Par ailleurs, les sociétés minières manifestent déjà leur intérêt pour les informations contenues dans ces archives. Selon le ministère congolais des Mines, plusieurs entreprises ont demandé à consulter ces documents historiques afin d’étayer la planification de leurs activités d’exploration et le développement de leurs projets.

Parmi elles figure le groupe China Railway, qui utilise les données géologiques issues de ces archives dans le cadre du développement de ses activités minières dans la région du Kasaï.

Au-delà des données : un atout stratégique pour le développement national

La portée de cette initiative va bien au-delà de la simple exploration.

Pour la RDC, un meilleur accès aux informations géologiques pourrait contribuer à attirer les investissements, à renforcer les capacités scientifiques nationales et à améliorer la prise de décision en matière d'exploitation des ressources minérales. Le gouvernement a indiqué que ces données ne serviraient pas seulement à soutenir l'industrie, mais qu'elles seraient également mises à la disposition des scientifiques et chercheurs congolais. Cette approche s'inscrit dans une prise de conscience croissante selon laquelle les connaissances géologiques constituent elles-mêmes une ressource stratégique.

À une époque marquée par les minéraux stratégiques, la sécurité des chaînes d'approvisionnement et la concurrence technologique, les pays cherchent de plus en plus à contrôler non seulement les minéraux présents dans le sous-sol, mais aussi les informations permettant de les localiser.

Pour la RDC, la numérisation de millions de données géologiques pourrait bien s’avérer, à terme, l’un des projets miniers les plus importants actuellement en cours — avant même qu’une seule nouvelle découverte ne soit faite. Alors que les gouvernements, les entreprises technologiques et les sociétés minières se livrent à une course effrénée pour s’assurer les ressources nécessaires à la transition énergétique, la bataille pour l’accès aux données géologiques apparaît comme une nouvelle frontière dans le secteur minier mondial.

Et dans cette course, la RDC est déterminée à faire en sorte que l'avenir de son secteur minier s'écrive en s'appuyant sur son propre passé.

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