Le secteur aurifère africain entre dans une nouvelle phase. Les prix record ont renforcé l'intérêt des investisseurs pour les gisements africains, mais ils ont également renforcé la détermination des gouvernements à conserver une plus grande partie de la valeur sur leur territoire.
L'or n'est plus considéré simplement comme une marchandise d'exportation soumise à l'impôt. Dans les principales juridictions, il s'agit d'un actif de plus en plus stratégique : une source de recettes fiscales, de devises étrangères, d'industrialisation nationale, de réserves pour les banques centrales et de légitimité politique.
Pour les sociétés minières, le maintien de prix élevés a amélioré la rentabilité des projets et intensifié la concurrence pour l’obtention de permis d’exploration. Selon le rapport « World Exploration Trends » de S&P Global, l’or est resté la principale cible d’exploration mondiale en 2025, avec 6,15 milliards de dollars américains alloués à l’échelle mondiale. Pour les gouvernements, ce contexte de prix crée un impératif différent : si l’or génère une valeur exceptionnelle, une part plus importante de cette valeur doit rester dans le pays. Cela ne signifie pas rejeter les investissements étrangers, mais redéfinir le contrat entre le capital et l’État.
Cette évolution reflète une ambition politique africaine de longue date. La « Vision minière pour l’Afrique », adoptée en 2009, préconise que le secteur minier dépasse le stade de l’extraction en enclave et soutienne la transformation structurelle grâce à une gouvernance renforcée, à des liens avec l’économie nationale, à la valorisation des minerais, au transfert de compétences et à une meilleure utilisation des revenus tirés des ressources. L’or est désormais en passe de devenir l’un de ses cas d’école les plus évidents.
Pour les gouvernements, la question ne se limite plus au montant des impôts versés par une mine. Il s’agit désormais de savoir si le projet contribue à la réalisation des priorités nationales : contenu local, transformation sur le territoire national, développement des compétences, formalisation de l’exploitation minière artisanale, rétention des devises étrangères et participation stratégique de l’État. Les États souhaitent exercer une influence sur la chaîne de valeur elle-même : qui achète l’or, qui l’exporte, où il est raffiné, comment les devises étrangères sont conservées et comment les institutions publiques acquièrent une exposition directe à cet actif.
Les mécanismes varient d’un pays à l’autre, mais la tendance est la même. Les gouvernements réajustent les redevances et les taxes, restreignent les mesures de stabilisation, renforcent leur pouvoir discrétionnaire en matière de renouvellement des licences, créent des commissions chargées de l’or, élargissent les programmes d’achat des banques centrales, durcissent les règles relatives au rapatriement des devises et officialisent l’exploitation minière artisanale et à petite échelle. Ensemble, ces outils marquent un glissement de la simple perception fiscale vers un contrôle stratégique.
L'exploitation minière artisanale occupe une place centrale dans ce programme. Dans son étude de 2026 intitulée « Sur les traces de l'or africain », SWISSAID a constaté que plus d'une tonne d'or non déclaré quittait l'Afrique chaque jour. Pour les gouvernements, il ne s'agit pas seulement d'un problème de conformité : cela représente une perte de recettes fiscales, de devises étrangères, de traçabilité et de contrôle souverain sur une ressource stratégique vitale.
La Côte d’Ivoire incarne une approche mesurée en matière de captation de la valeur. La redevance de 8 % alourdit la charge fiscale pesant sur les producteurs d’or, mais le pays continue de préserver sa réputation de stabilité et de soutien administratif. Son approche, fondée sur le partenariat, visant à formaliser l’exploitation minière artisanale, privilégie la traçabilité et la professionnalisation plutôt que l’exclusion.
Le Ghana mène une politique de réforme plus ambitieuse. Son orientation politique allie une meilleure captation des plus-values budgétaires, un contrôle plus strict du commerce de l’or, des ambitions en matière de chaîne de valeur nationale et une tolérance réduite à l’égard des protections contractuelles automatiques. L’organisme ghanéen GoldBod revêt une importance particulière, car il transforme l’État en un acteur direct sur le marché de l’or, doté d’une autorité exclusive sur l’exploitation aurifère artisanale agréée.
La Guinée adopte une approche sophistiquée alliant mesures coercitives et partenariats avec l'État. Les retraits de licences et les annulations de permis d'exploration ont clairement indiqué que les concessions inactives ou non conformes ne seraient plus tolérées. Le protocole d'accord conclu entre Resolute Mining et la Nimba Mining Company annonce la prochaine étape : l'État se positionne désormais comme co-créateur des futurs projets aurifères.
Le Rwanda associe la formalisation à un contrôle axé sur le raffinage. La loi minière de 2024 confirme la propriété de l'État sur les minerais et centralise la réglementation par l'intermédiaire de l'Office rwandais des mines, du pétrole et du gaz. La loi fiscale sur les minerais de 2024 réduit la redevance sur l'or et les taxes à l'exportation à 0,5 % afin d'encourager les ventes formelles, tandis que le raffinage national est favorisé par le biais de la raffinerie d'or de Gasabo.
La Tanzanie met en place un modèle de création de valeur ajoutée sur son territoire. Le mécanisme d'achat d'or de sa banque centrale, les mesures d'incitation à l'affinage et la protection de l'exploitation minière à petite échelle pour les ressortissants nationaux établissent un lien entre la politique minière, la constitution de réserves, la transformation locale et la souveraineté économique.
Les opérateurs devront démontrer leur adhésion aux plans nationaux de développement, mettre en place des politiques d'approvisionnement local crédibles, assurer des contributions fiscales transparentes, favoriser le transfert de compétences et proposer des stratégies réalistes en matière de valeur ajoutée nationale. La préférence se porte désormais sur les entreprises capables d'associer une légitimité politique à des capacités techniques et financières.
Les nouvelles règles du secteur aurifère africain sont donc claires. Les gouvernements souhaitent toujours attirer les investissements, mais à des conditions qui génèrent une valeur nationale plus tangible. Du côté des sociétés minières, les gagnantes seront celles qui considéreront la réglementation non pas comme une simple obligation de conformité, mais comme une négociation stratégique portant sur la souveraineté, le développement et la confiance.
Raphaël Sourt est conseiller principal basé à Londres, où il dirige les activités de communication dans le secteur minier, en particulier en Afrique centrale et australe. Vous pouvez le contacter à l'adresse suivante : rsourt@africapractice.com
Au-delà de la politique budgétaire : soutenir les priorités nationales en matière de développement
C’est là le cœur du changement en cours : la captation de la valeur par l’État. Les gouvernements africains vont au-delà des redevances et de l’impôt sur les sociétés pour se tourner vers des outils destinés à contrôler davantage la valeur générée tout au long de la chaîne de valeur de l’or. Pour les investisseurs, les implications sont directes. La réussite d’un projet dépendra non seulement de la géologie, des capitaux et de la mise en œuvre, mais aussi de la capacité à s’aligner sur les priorités nationales, à démontrer la création de valeur locale et à asseoir une légitimité politique durable.Pour les sociétés minières, le maintien de prix élevés a amélioré la rentabilité des projets et intensifié la concurrence pour l’obtention de permis d’exploration. Selon le rapport « World Exploration Trends » de S&P Global, l’or est resté la principale cible d’exploration mondiale en 2025, avec 6,15 milliards de dollars américains alloués à l’échelle mondiale. Pour les gouvernements, ce contexte de prix crée un impératif différent : si l’or génère une valeur exceptionnelle, une part plus importante de cette valeur doit rester dans le pays. Cela ne signifie pas rejeter les investissements étrangers, mais redéfinir le contrat entre le capital et l’État.
Cette évolution reflète une ambition politique africaine de longue date. La « Vision minière pour l’Afrique », adoptée en 2009, préconise que le secteur minier dépasse le stade de l’extraction en enclave et soutienne la transformation structurelle grâce à une gouvernance renforcée, à des liens avec l’économie nationale, à la valorisation des minerais, au transfert de compétences et à une meilleure utilisation des revenus tirés des ressources. L’or est désormais en passe de devenir l’un de ses cas d’école les plus évidents.
Pour les gouvernements, la question ne se limite plus au montant des impôts versés par une mine. Il s’agit désormais de savoir si le projet contribue à la réalisation des priorités nationales : contenu local, transformation sur le territoire national, développement des compétences, formalisation de l’exploitation minière artisanale, rétention des devises étrangères et participation stratégique de l’État. Les États souhaitent exercer une influence sur la chaîne de valeur elle-même : qui achète l’or, qui l’exporte, où il est raffiné, comment les devises étrangères sont conservées et comment les institutions publiques acquièrent une exposition directe à cet actif.
Les nouveaux mécanismes de récupération de la plus-value par l'État
Le nouveau programme de réglementation du secteur aurifère s'inspire de certains principes bien connus depuis longtemps dans les secteurs du pétrole et du gaz. Le secteur minier adopte de plus en plus cette même logique de captation de la valeur par l'État : participation accrue de l'État, rétention de la valeur sur le territoire national, contrôles des exportations et des changes, obligations en matière de contenu local et surveillance plus active des structures des projets.Les mécanismes varient d’un pays à l’autre, mais la tendance est la même. Les gouvernements réajustent les redevances et les taxes, restreignent les mesures de stabilisation, renforcent leur pouvoir discrétionnaire en matière de renouvellement des licences, créent des commissions chargées de l’or, élargissent les programmes d’achat des banques centrales, durcissent les règles relatives au rapatriement des devises et officialisent l’exploitation minière artisanale et à petite échelle. Ensemble, ces outils marquent un glissement de la simple perception fiscale vers un contrôle stratégique.
L'exploitation minière artisanale occupe une place centrale dans ce programme. Dans son étude de 2026 intitulée « Sur les traces de l'or africain », SWISSAID a constaté que plus d'une tonne d'or non déclaré quittait l'Afrique chaque jour. Pour les gouvernements, il ne s'agit pas seulement d'un problème de conformité : cela représente une perte de recettes fiscales, de devises étrangères, de traçabilité et de contrôle souverain sur une ressource stratégique vitale.
La Côte d’Ivoire incarne une approche mesurée en matière de captation de la valeur. La redevance de 8 % alourdit la charge fiscale pesant sur les producteurs d’or, mais le pays continue de préserver sa réputation de stabilité et de soutien administratif. Son approche, fondée sur le partenariat, visant à formaliser l’exploitation minière artisanale, privilégie la traçabilité et la professionnalisation plutôt que l’exclusion.
Le Ghana mène une politique de réforme plus ambitieuse. Son orientation politique allie une meilleure captation des plus-values budgétaires, un contrôle plus strict du commerce de l’or, des ambitions en matière de chaîne de valeur nationale et une tolérance réduite à l’égard des protections contractuelles automatiques. L’organisme ghanéen GoldBod revêt une importance particulière, car il transforme l’État en un acteur direct sur le marché de l’or, doté d’une autorité exclusive sur l’exploitation aurifère artisanale agréée.
La Guinée adopte une approche sophistiquée alliant mesures coercitives et partenariats avec l'État. Les retraits de licences et les annulations de permis d'exploration ont clairement indiqué que les concessions inactives ou non conformes ne seraient plus tolérées. Le protocole d'accord conclu entre Resolute Mining et la Nimba Mining Company annonce la prochaine étape : l'État se positionne désormais comme co-créateur des futurs projets aurifères.
Le Rwanda associe la formalisation à un contrôle axé sur le raffinage. La loi minière de 2024 confirme la propriété de l'État sur les minerais et centralise la réglementation par l'intermédiaire de l'Office rwandais des mines, du pétrole et du gaz. La loi fiscale sur les minerais de 2024 réduit la redevance sur l'or et les taxes à l'exportation à 0,5 % afin d'encourager les ventes formelles, tandis que le raffinage national est favorisé par le biais de la raffinerie d'or de Gasabo.
La Tanzanie met en place un modèle de création de valeur ajoutée sur son territoire. Le mécanisme d'achat d'or de sa banque centrale, les mesures d'incitation à l'affinage et la protection de l'exploitation minière à petite échelle pour les ressortissants nationaux établissent un lien entre la politique minière, la constitution de réserves, la transformation locale et la souveraineté économique.
Les investisseurs devraient apprendre à s'adapter à un nouveau contexte
Le secteur aurifère africain entre dans une ère de réglementation stratégique. Les investisseurs ne peuvent plus se contenter d’évaluer les juridictions à l’aune de leurs seuls codes miniers. L’environnement d’investissement réel prend désormais en compte la prévisibilité fiscale, le comportement de l’État, l’exposition au risque de change, le risque lié au renouvellement des licences, les exigences en matière de transformation locale, la politique relative à l’exploitation minière artisanale et à la petite échelle (ASM), l’application des règles de contenu local et la qualité de l’engagement des pouvoirs publics.Les opérateurs devront démontrer leur adhésion aux plans nationaux de développement, mettre en place des politiques d'approvisionnement local crédibles, assurer des contributions fiscales transparentes, favoriser le transfert de compétences et proposer des stratégies réalistes en matière de valeur ajoutée nationale. La préférence se porte désormais sur les entreprises capables d'associer une légitimité politique à des capacités techniques et financières.
Les nouvelles règles du secteur aurifère africain sont donc claires. Les gouvernements souhaitent toujours attirer les investissements, mais à des conditions qui génèrent une valeur nationale plus tangible. Du côté des sociétés minières, les gagnantes seront celles qui considéreront la réglementation non pas comme une simple obligation de conformité, mais comme une négociation stratégique portant sur la souveraineté, le développement et la confiance.
À propos des auteurs
Daniel Thole est conseiller principal chez Africa Practice, basé au Royaume-Uni. Fort de plus de vingt-cinq ans d’expérience internationale dans les domaines du journalisme et de la communication stratégique, il s’est imposé comme un conseiller de confiance auprès des conseils d’administration et des dirigeants. Vous pouvez le contacter à l’adresse suivante : dthole@africapractice.comRaphaël Sourt est conseiller principal basé à Londres, où il dirige les activités de communication dans le secteur minier, en particulier en Afrique centrale et australe. Vous pouvez le contacter à l'adresse suivante : rsourt@africapractice.com








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